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 Midterms : les démocrates piégés par leur obsession de la diversité

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Ysaline de Montmirail
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Ysaline de Montmirail

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Date d'inscription : 26/10/2012

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MessageSujet: Midterms : les démocrates piégés par leur obsession de la diversité   Midterms : les démocrates piégés par leur obsession de la diversité EmptyMer 7 Nov - 22:08

Midterms : les démocrates piégés par leur obsession de la diversité

S'il ne les a pas perdues, le parti démocrate n'a pas non plus remporté les élections de mi-mandat. La faute, selon Alexis Carré, au trop grand nombre de candidats «arc-en-ciel» qui n'ont pas su sortir d'une logique communautaire pour s'adresser à l'ensemble de leurs électeurs.

Après la défaite d'Hillary Clinton, un certain nombre d'intellectuels proches des démocrates avaient considéré que la dérive identitaire du parti avait favorisé la victoire de Donald Trump en stigmatisant à l'excès les blancs des classes populaires au nom de la défense des minorités.

Cette tentative d'inventaire n'a visiblement pas convaincu les stratèges et surtout les militants de gauche aux États-Unis. C'est notamment le cas d'un ensemble de jeunes candidats, rassemblés autour de la figure de Bernie Sanders. Il est donc important de comprendre pourquoi le parti démocrate a poursuivi dans cette voie avant de s'interroger sur l'impact de cette stratégie sur les élections de mi-mandat.

La jeune garde enhardie, le parti affaibli

En écartant en juin dernier Joe Crowley, un des barons du parti démocrate, de sa propre succession comme représentant du 14ème district de New-York, Alexandria Ocasio-Cortez incarne parfaitement une nouvelle génération de militants qu'il est difficile pour l'appareil du parti de contrôler. Soutenue par Black Lives Matter, Women's March et d'autres organisations proches de l'aile gauche du parti, elle a ainsi largement battu un candidat pourtant bien mieux financé, longuement établi dans sa circonscription, et soutenu par les syndicats.

Cette victoire inattendue contre un centriste qui avait soutenu Hillary Clinton en 2016 a pu donner à ceux qu'avait déçus la défaite de Bernie Sanders à la primaire démocrate l'espoir d'en découdre avec leurs alliés modérés. Ocasio-Cortez a donc soutenu plusieurs autres candidats dans tout le pays dans le but de renouveler l'expérience, avec un succès limité.

Dans sa circonscription la jeune candidate est aujourd'hui assurée d'une très large victoire, avec 78 % des voix contre son opposant républicain. Sa campagne, marquée par une référence explicite au socialisme, s'est appuyée sur des propositions il y a peu inaudibles dans le pays, comme la gratuité de l'éducation supérieure, la hausse du salaire minimum ou l'abolition d'ICE, l'administration créée en 2003 pour le contrôle des frontières (Immigration and Customs Enforcement). Si son discours a largement séduit un district populaire et fortement multiracial, il n'est pas évident que cette recette puisse un jour fonctionner à l'échelle nationale et pour tout un parti.

Une plateforme qui dissimule des contradictions

L'idéologie autour de laquelle se mobilise cette aile progressiste du parti démocrate recèle de profondes contradictions. Bien que Bernie Sanders ait su marquer le mouvement avec un discours d'inspiration social-démocrate centré sur des mesures économiques destinées à améliorer le bien-être des classes populaires, le vivier militant qui constitue le cœur de ce mouvement s'est indéniablement politisé autour de thématiques identitaires qui informent profondément leur engagement politique. Et si les tensions entre ces deux rhétoriques sont presque inexistantes dans des endroits, plutôt urbains, où les classes populaires sont effectivement multiraciales et diverses, leurs contradictions tendent à apparaître partout où les bénéficiaires de ces deux politiques cessent d'être les mêmes personnes, c'est-à-dire là où ceux qui n'appartiennent pas aux minorités raciales et culturelles, les blancs, constituent la majorité des catégories populaires.

En proposant d'abolir ICE (#AbolishICE), l'administration en charge de la lutte contre l'immigration clandestine, ou en mettant la justice raciale au cœur de sa campagne, Ocasio-Cortez prenait peu de risques dans un district comportant moins de 20 % de blancs. Il était également peu probable que cela pénalise Rashida Tlaib, première représentante musulmane du 13ème district du Michigan, avec moins de 33 % de résidents blancs. Mais ce qui est vrai à l'échelle locale ne l'est plus à l'échelle de beaucoup d'États, et surtout à l'échelle d'un pays où les blancs comptent encore pour plus de 60 % de la population.

Le difficile passage du local au national

L'un des symboles de l'échec de cette stratégie est certainement la défaite de Stacey Abrams en qui la presse croyait voir la première femme noire élue Gouverneur de Géorgie (un état à 55 % blanc), face à un républicain, Brian Kemp, dont la campagne fut pourtant particulièrement médiocre. Des logiques similaires peuvent expliquer la défaite d'Andrew Gillum, candidat progressiste noir, au Gouvernorat de Floride, ou de Christine Hallquist, première candidate transsexuelle pour celui du Vermont.

Les tensions qui existent entre ces deux lignes avaient déjà affleuré lors de la campagne des primaires de Bernie Sanders où plusieurs événements avaient été perturbés par des activistes de Black Lives Matter lui reprochant sa focalisation sur des questions économiques au détriment des questions raciales. À l'inverse ici, on peut soupçonner ces questions d'avoir dans de nombreux cas rendu inaudible le programme économique des candidats progressistes auprès d'électeurs blancs que la rhétorique identitaire place par avance dans le camp des coupables.

Le dilemme du vote et de l'engagement

Il serait toutefois illusoire de penser que ce problème puisse être réglé par un changement de programme ou de direction politique. Dans un système électoral caractérisé par une faible participation et, dans le cas de la gauche, par une dépendance accrue au vote des jeunes, le parti démocrate n'est pas entièrement libre de sa stratégie. Celle-ci doit intégrer les groupes capables de se mobiliser lors des élections en faveur de ses candidats. Sachant cela, il paraît improbable que le parti puisse changer des paramètres qui appartiennent à la culture militante associative d'aujourd'hui et qui n'ont pas leur origine dans son fonctionnement interne mais dans la socialisation politique des étudiants de gauche à l'université. Le libéralisme politique n'y fait plus rêver et ses quelques adhérents n'y conçoivent pas le goût de le défendre.

On ne s'engage plus au nom d'une idée de la justice économique et sociale mais au nom d'une communauté.

Ce qui est vrai de l'université l'est aussi de la société dans son ensemble. Comparées aux syndicats déclinants, les forces les plus capables de générer un engagement politique fiable et durable à gauche sont aujourd'hui des forces constituées à partir de logiques identitaires. On ne s'engage plus au nom d'une idée de la justice économique et sociale mais plus volontiers au nom d'une communauté à laquelle on appartient et que l'on entend représenter contre les injustices qu'elle subit. Pour remédier à cette situation, une contre-offensive intellectuelle est nécessaire, mais aucun démocrate modéré n'est véritablement prêt aujourd'hui à porter le fer contre ces alliés gênants mais considérés comme une caution morale indispensable au mouvement. En lieu et place de cela, l'état-major du parti a préféré s'attirer autant que possible le soutien de ces groupes en sélectionnant des candidats en fonction de leur sexe, de leur sexualité ou de leur couleur de peau.

En attendant, la capacité du parti démocrate à adresser un message qui soit audible par la communauté nationale dans sa totalité est amputée. En témoignent ces résultats somme toute modestes face à un adversaire comme Donald Trump, quand on les compare aux sièges perdus par ses trois prédécesseurs lors de leurs propres élections de mi-mandat.

Une crise plus profonde du régime représentatif

Ces élections sont un moment clé de la mécanique institutionnelle outre-Atlantique. Le régime américain fonctionne sur la base du compromis, rendu nécessaire par la répartition des lieux de pouvoir entre les deux partis. Il est donc habituel d'avoir un congrès démocrate sous un président républicain et réciproquement.

Ce qui inquiète dans cette élection, c'est plus profondément la crise du régime représentatif qui s'y laisse deviner. Il devient de plus en plus difficile pour un candidat de convaincre les électeurs de sa capacité à les gouverner, c'est-à-dire à parler et agir pour eux. Derrière le choix d'une cohorte de candidats «arc-en-ciel», ce qui se dissimule c'est la mutation de la représentation comme dispositif de gouvernement en dispositif narcissique.

Plutôt que de rechercher un compromis sur le dirigeant ou la classe dirigeante la plus capable de produire et d'inspirer une action commune, un nombre croissant d'individus voudraient voir dans la représentation une exigence de ressemblance. Cette crise prend des formes différentes à gauche et à droite. Dans chaque cas, elle tend à remplacer la communauté d'action qui réunit des gens dissemblables dans la poursuite des mêmes objets par une communauté d'êtres essentiellement séparée des autres.

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/11/07/31002-20181107ARTFIG00373-midterms-les-democrates-pieges-par-leur-obsession-de-la-diversite.php
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